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Sandra Iché, 08.10.07

about her upcoming project

sandra: parler de l orient express cela pourrait être parler d un paysage en mutation permanente, en fonction de celui qui le regarde, les mental models de la personne qui regarde,

alice: d'accord, alors il ressemble à quoi maintenant ce paysage?

Sandra: la lumière du jour, ou un paysage brésilien installe en plein new york

alice: plutôt lequel? la lumière sur le paysage brésilien à NY? tu voudrais capter les changements de lumière ou les changements de paysages?

Sandra: si les lumières ce sont les yeux de ceux qui regardent le paysage ou les yeux d une certaine époque qui regarde ce paysage, ce serait les changements du paysage produits par les changements d yeux que j aimerais capter

alice: tu veux produire une multiplicité de lunettes? ou plutôt entreprendre un travail de paysagiste?

sandra: un travail de paysagiste c'est ça, un paysagiste qui se permettrait de mettre de la lavande à côté des cactus et qui ferait le pari que les conditions climatiques permettent a la lavande et au cactus de composer un lavande-cactus

alice: tu as quoi comme outils? des râteaux, des graines,...?

sandra: j'ai des images, des sons, des souvenirs, des voix, des corps, des histoires, plutôt des graines. c est peut-être les râteaux qui me manquent justement

alice: tu sais quelles plantes ces graines vont produire?

sandra: des plantes monstrueuses mais sympathiques

alice: comment tu sais qu'elles seront monstrueuses- sympathiques? tu les travailles avant de les planter?

sandra: parce qu'elles feront rire, pleurer, trembler, inventer

alice: ... il me semble que tu voulais reproduire un paysage d'une tes vies antérieures? quel rapport entre le paysage que tu produiras et celui dont tu te souviens?

sandra: oui je les travaille avant de les planter, je dois faire en sorte que le paysage dont je me souviens plus le paysage dont ceux qui étaient avec moi se souviennent, tous ces paysages juxtaposés, qui en composent un plus large, contradictoires ou complémentaires les uns des autres

alice: tu vois souvent les autres qui ont connu ce paysage?

sandra: les travailler ça voudrait dire les faire revenir à la mémoire de ceux qui étaient avec moi, leur mémoire filtrée par le temps et les événements de leur vie personnelle ou politique qui sépare aujourd'hui d hier

alice: tu aides tes anciens compagnons à se souvenir?

sandra: non je ne les vois pas souvent, avec un ou deux j échange des emails, d autres sont morts, d autres vivent encore mais vivent loin ou peut être dans des paysages qui n ont plus rien à voir avec ce paysage d hier qui peut être ne les intéresse plus

alice: si ça ne les intéresse pas tu essaies de les intéresser? ou tu intéresses de nouveaux compagnons potentiels?

sandra: oui je les aide, j'ai écrit aujourd'hui a deux d entre eux pour leur proposer de se rappeler avec moi de ce paysage, je leur ai proposé de se rencontrer dans un autre paysage, celui du quartier latin qui devrait faire partie du paysage final

alice: en ravivant leur mémoire? tu voudrais inclure boris vian à ton paysage? = un autre passé?

sandra: le recréait mais en intégrant au paysage les lacunes de leur mémoire, le temps qui a passé, et les autres passages qu'ils ont depuis traverses

alice: tu veux inviter d'autres personnes dans ce paysage? parce qu'il me semble très intime

sandra: oui boris vian, patti smith, gilles deleuze, oum koulsoum, jan ritsema....

alice: pourquoi eux et pas d'autres? ou bien tout le monde est invité?

sandra: j'ai pensé que ceux à inviter devraient avoir un lien avec ce paysage initial, soit parce qu'ils étaient physiquement présents dans ce paysage, soit parce qu'ils étaient conviés comme des figures tutélaires de l époque de ce paysage, soit parce qu'ailleurs dans un autre paysage ils ont traversé les mêmes formes de pensée que ce paysage initial

alice: je ne comprends pas: "formes de pensée"

sandra: des doutes et des exigences, des manières d être et des styles,

alice: ...?

sandra: tu vois dans touki bouki, comment on était a la fois avec le style vestimentaire des jeunes parisiens des années 60 70 et dans des manières de vivre héritées de l histoire et de la géographie africaine, eh bien comme ça, une transversalité des styles l'afrique à paris et paris en afrique

alice: ah!!! des arbres carrés, des fleurs qui sentent la menthe, etc...?

sandra: ouaaiis!

alice: ahhhh! c'était quoi la mode à l'époque? il s'agit de maquiller la nature alors?

sandra: non c est pas de maquiller la nature c est plutôt de se réjouir de comment la nature d elle même aime à se maquiller. peut-être l aider un peu oui

alice: alors tu vas au parc à côté de chez toi et observes comment ses éléments se maquillent?

sandra: la mode pour certains c était de commander un jambon beurre dans un café où on sait pertinemment qu'on ne sert que du hoummous

alice: alors tu vas chercher les endroits où on ne sert que du houmous et commander un jambon beurre? dans le 18e à paris il y a des endroits possibles; tu risques des problèmes... tu voudrais avoir des problèmes?

sandra: oui ou faire dire a claire chazal que les palestiniens résistent alors qu elle dit d habitude que les palestiniens ont l amour de la mort dans le sang ce serait comme commander un jambon beurre dans un café où il n y a que du hoummous mais la je m égare je cherche à rétablir une vérité c est mon cote moraliste

alice: tu veux te sacrifier au nom de la vérité? ... enfin dans tes 2 exemples la vérité est de 2 côtés différents... c'est pas grave?

sandra: oui j aime bien les problèmes, me sacrifier pour faire entendre la vérité à claire chazal ce serait vraiment trop con, j ai pas envie de parler à des cons

alice: la vérité c'est ce qui n'est pas beaucoup énoncé dans son contexte?

sandra: je ne comprends pas

alice: tu parles à tes copains de l'autre vie alors?

sandra: l autre vie?

alice: oui, ceux qui ont connu ce beau paysage avec toi, dans ta vie antérieure? tu veux recréer ce paysage pour retrouver tes copains?

sandra: ou pour m en faire des nouveaux

alice: comment tu imagines ces nouvelles rencontres?

sandra: j'aimerais bien leur présenter mes anciens copains, ceux qui étaient dans le paysage avec moi, et qu'ils aient envie d endosser le rôle de ces anciens copains tout en racontant leur propre vie

alice: comme les gars dans les films qui paient une prostituée pour prendre le rôle de leur ex, avec perruque, habits etc.? ah, oui, au bout d'un moment ces prostituées commenceraient à raconter leur propre vie...? tu les paieras comment?

sandra: c est ça. elles navigueraient constamment entre ce que je leur aurais raconté de l ancien copain et leur propre vie, en mélangeant les lieux, les mots. les payer? c est déjà pas mal de leur offrir une double vie, un dédoublement de personnalité, non?

alice: ... c'est pas vraiment des prostituées alors; plutôt des clientes

sandra: ou des actrices; comme cet acteur allemand qui devient un ancien garde du corps d hitler, et qui est obligé d impliquer ses souvenirs et sa morphologie dans son incarnation du garde du corps

alice: c'est comme un entraînement pour elles? je vois. alors je résume: tu appelles des acteurs intéressés à jouer des rôles, tu leur donnes des rôles, puis tu leur demande de créer leur propre rôle qui lui doit être très réaliste. le rôle étant, un certain arbre dans le paysage que tu reconstruits?

sandra: c est ça et parfois on pourrait avoir le vrai ancien copain sur scène ou dans le film ou dans une bande son et puis parfois on pourrait avoir l acteur qui joue le rôle de l ancien copain

alice: mais l'acteur jouera forcément plus mal que l'original'

sandra: oui c est ça le rôle étant un certain arbre du paysage, ou le vent, ou la voiture qui traverse le paysage. on s en fout qu il joue plus mal, il sera pas là pour remplacer l original.il sera là pour être une version modifiée de l original, le lavande-cactus

alice: mais alors pourquoi il est là l'original?

sandra: pourquoi pas? il est là pour faire un des arbres ou l acteur fait un autre arbre qui ressemble un peu a celui d a coté mais pas tout à fait, on n est pas obligé de savoir qui est l original et qui est l acteur. c est juste une juxtaposition d arbres

alice: au fond le paysage ancien est un prétexte alors, ou tu veux quand même faire un herbier, avant/après?

sandra: pas un prétexte, plutôt le décor d origine avec lequel je peux commencer à composer. c est pas un avant/après parce que ça voudrait dire que les mutations et comment l avant et l après s imbriquent ne nous intéresse pas alors que c est justement ce qui nous intéresse, ce qu'il y a entre l avant et l après ou l addition d avant ET d après, plutôt qu’un paysage d avant fixe et un paysage d après fixe. tu comprends?

alice: tu fais des boutures?

sandra: oui mais j aimerais bien savoir ne pas savoir à l avance ce que ça va donner le poirier avec le pommier. j'ai tendance à vouloir décider à l avance de ce que ça va donner

alice: comment tu t'y prends alors? des combinaisons que tu ne peux pas croire? comme un plant de sauge avec un rosier?

sandra: parce que j'aime pas trop me foutre de la gueule des gens, si le poirier ET le pommier ça donne un truc tout caca, je suis pas contente

alice: tu dois tester avant alors?

sandra: c est toujours la question: la sauge avec le rosier sans savoir ce que ça va donner mais avec quand même une petite idée qu'on va obtenir un magnifique coucher de soleil. bah oui je vais tester avant

alice: tant que t'as pas essayé tu ne peux pas savoir. tu as un jardin expérimental? au fait pourquoi il te tient tant à coeur ce vieux paysage? tu es nostalgique?

sandra: c est ça il faut que je mette en place un jardin expérimental, un jardin lui-même très éclate, avec un bout ici et un bout ailleurs, un plant d'herbes aromatiques, un plant de fleurs, une foret... oui je suis nostalgique. j'ai toujours été fascinée, quand je partais en voyage a la campagne surtout, quand j'étais enfant et encore maintenant, par les maisons murées.je voulais toujours enquêter sur qui avait habité là, depuis quand la maison était abandonnée, ...

alice: mais là tu sais ce qui était dans la maison avant qu'elle soit murée; tu veux raconter l'histoire de la maison; les acteurs sont là pour comprendre mieux l'histoire

sandra: oui c est pour ça qu'il ne s agit pas de recréer le paysage tel quel ou de raconter l histoire de ce paysage mais d en faire un nouveau, le faire revivre mais pas dans sa version passée, dans une version rénovée, vivifiée, enrichie par tous ces habitants potentiels

alice: alors tu as cette base, qui est la trame du vieux paysage; et tu la remplit avec des éléments qui vivent maintenant. comment les boutures prennent? comment tu choisis les éléments actuels?

sandra: la maison revit si les nouveaux habitants retrouvent des vieilles photos des habitants anciens et trouvent que la petite fille, au fond de la photo, ressemble un peu à leur arrière-cousine. les nouveaux habitants mélangent leurs photos de famille avec les anciennes et on ne sait plus distinguer les familles, la famille s est agrandie

alice: mais tu ne peux pas savoir à l'avance si cette petite fille ressemblera à qqn, tu peux seulement espérer?

sandra: je peux soit espérer, je peux aussi construire. je peux aussi penser que Jan ferait un bon Samir parce j’ai l'idée qu ils se seraient bien entendu; ils aiment les femmes, la politique et ils en ont rien à foutre des autres

alice: alors tu convaincs jan d'être loyal à un ami qu'il n'a jamais eu

sandra: c est beau, non?

alice: oui. et ma soeur qui va se balader dans le jardin qu'est ce qu'il lui arrive?

sandra: elle tombe sur jan qui est entrain de donner une conférence sur la terrasse à propos du hoummous et du jambon beurre, elle est fascinée et elle lui chante une chanson d amour de patti smith que son grand père lui chantait

alice: tu connais pas notre grand-père! mais elle aimerait bien patti smith et aussi le problème culinaire

sandra: moi je ne le connais pas mais elle elle le connaît et elle peut profiter d être sur le plateau pour nous raconter ce qu'il faisait pendant la guerre 39 45

alice: c'est un jardin où on se raconte les histoires qui nous passent par la tête

sandra: pas tout ce qui te passe par la tête mais ce a quoi te fait penser ce que tu rencontres dans le jardin

alice: elles servent à quoi les boutures? à orienter nos souvenirs?

sandra: c est ça, et à s en créer de nouveaux

alice: alors dans ton jardin expérimental tu testes aussi la capacité de mémoire produite par chaque bouture?

sandra: mais du coup c est comme s il devait y avoir une base narrative qui serait sans cesse déviée par des souvenirs ou des irruptions d idées

alice: chaque visiteur peut faire de nouvelles boutures et les autres révoltent les fruits

sandra: oui, on irait de bouture en bouture. oui c est aussi peut être un jardin plein de révoltes ou les pommes s engueulent avec les poires

alice: comme un jardin de quartier, ce qui existe à NY? qu'est ce qui se passe quand il y a une engueulade? c'est un forum, comme dans les cités grecques? avec un maire à la fin?

sandra: ça s empoigne, d autres arrivent qui témoignent pour tel ou tel, chacun y va de son point de vue, de son souvenir, de sa projection, et puis ta soeur revient, avec sa chanson de patti smith mais elle s est déguisé en oum koulsoum, y a pas de maire à la fin plutôt un carnaval ou on se déguise en ce qu'on croit ne pas être.